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La Renééémania ravage le Québec
Le nom René se généralise dangereusement, d’après l’OMS.

Qui connait la Renêêê-mania ? Allez, un indice (chez vous !) : ce n’est pas la nouvelle comédie musicale de Michel Berger - qui est malheureusement décédé en jouant au tennis dans sa baignoire... faut pas être fin aussi ! C’est en fait un nouveau et terrible virus qui se répand dans les plaines du Québec (si si), véhiculé par des caribous domestiqués par la famille Angelil, à des fins de reproduction assistée. Car Renêêê étant devenu H.S. (Hématome Sexuel, aïe), il faut bien trouver des géniteurs afin d’assurer la descendance. Etrange, ça : Renêêê, Angelil... Renêêê Angelil serait-il pour quelquechose dans cette histoire ? Sûrement pas, c’est pas un nom de caribou. Pour en avoir le coeur net, Patrick Pouillou du Pont D’Armor est parti enquêter sur les terres du clan Angelil.

« A l’approche de Caribouville, le paysage ressemble, à travers le hublot, à une cuvette de WC : un lac au centre d’une vallée enneigée. Au sol, c’est pas mieux : l’album de Garou à fond dans la sono de l’aéroport, des sandwichs au pâté de ragondin, à vomir. Et au sol des toilettes, une photo du paysage. Ah non pardon, c’est une cuvette. La propriété du clan Angelil est à 15 kilomètres de là. Ca paraît peu, mais en taxi-traineau, il faut 2 jours pour y aller. En plus, les taxis pratiquent des tarifs à l’heure et non au kilomètre. Du coup, les 15 kilomètres sont au prix du Lille/Barcelone. Mais bon, le chauffeur a vaguement entendu parler de l’euro. En faux billets, la course reste abordable.

Autour de la propriété, tout semble mort, comme après un incendie de forêt : le virus aurait donc chassé toute présence humaine. Une semaine d’errance confirmera mes craintes : tout est détruit, pas d’abri possible ; et même si je voulais appeler un taxi-caribou, il n’arriverait pas avant 2 jours. A condition que je puisse d’abord recharger mon portable. Je n’ai pas le choix : le seul refuge existant reste le manoir des Angelil, là où tout a commencé. Le clan me reçoit mieux que je ne le pensais. Faut dire qu’ils n’ont vu aucun étranger depuis que le virus s’est échappé de leur laboratoire. Sous la torture (j’avais pris une brosse à dents dans mes bagages), j’arrive à faire parler la domestique qui m’apporte mes repas : "muuum schrift schrift jklurp muuum schrift", c’est tout ce qu’elle prétend savoir. Finalement, je sors la brosse à dents de sa bouche - son haleine étant devenue à peu près supportable. Et là elle me dit tout.

Elle me parle de la fiole brisée dans le laboratoire, lors de la parade nuptiale d’un caribou sous emphétamines. De la chute de Renêêê, qui tentait de s’échapper. De Renêêê sous le caribou sous emphétamines... il faut imaginer sa mine, à Renêêê, tout enflé d’être passé sous le caribou. Elle me raconte aussi la fracture du pèrenêêê de Renêêê, que sa femme, Céline, doit envoyer à l’hôpital. Là, un interne, un renêêêtudiant, fait un diagnostic erenêêê, et envoie Renêêê dans un service de renêêêcrologie. Terrible erreur médicale, qui oblige Céline à attaquer l’hôpital en justice, à cause de l’incompétence de ce jeune renêêêgat. Mais le procès n’a pas lieu : les médecins préfèrent renêêêgocier une solution à l’amiable. Pour autant, l’issue de cette histoire est loin d’être heureuse : le pauvre Renêêê est renêêêmasculé, lui qui était déjà stérile. Et surtout, la Renêêê-mania s’étend, avec dans son ombre, une armée de malheureux qui utilise le mot Renêêê dans n’importe quelle phrase : dans les prénoms d’enfants, sur les murs des villes québecquoises, dans les épisodes des Schtroumpfs. Satisfait des renseignements obtenus, je quitte discrètement la propriété du clan Angelil, sans oublier un passage par le sas de décontamination, en fait un bain d’un liquide bleu vaguement supposé sentir bon. Un fois libre, je sens mes pieds s’enfoncer dans la neige à chacune de mes enjambées, tandis que le bruit de mes pas résonne dans l’immensité blanche et vide.

Mais... c’est pas normal, ça ! Je regarde autour de moi. Derrière. C’est un caribou sous emphétamines (ça se voit à la seringue plantée sur son nez) qui me court après. Alors je cours aussi. Du plus vite que je peux. Je ne vois pas la racine, là, sous mes pieds, derrière moi maintenant, ou plutôt au-dessus, car je tombe, c’est froid, c’est humide, c’est... ah ben oui, c’est de l’eau froide ! Je suis dans le lac, au centre de la vallée, en plein milieu du paysage que je voyais de l’avion.

Le caribou ne viendra pas dans le lac, je suis sûrement sauvé, c’est impossible, il n’a pas pu me suivre ; oui je suis seul, enfin seul. En plus l’eau se réchauffe, finalement ce n’est pas si désagrable. Sauf quand un syphon énorme s’abat sur moi, jglbou, brffflegl. Au même moment, à l’aéroport de Caribouville, un homme ferme la porte des toilettes. Il vient de tirer la chasse d’eau. »